La vie, en général, ça manque de goût. Surtout quand il y a de gros orages en ville, ça manque de goût, du coup ça refoule après[1]. J'en veux pour exemple hier encore, alors que je débarquais frais comme un lama drogué devant le bâtiment de mon IUT, saluant machinalement les geeks qui font semblant d'aimer le café pour prétendre à une vie sociale, et m'avançai à mon tour vers la machine à café à qui j'ordonnai royalement un chocolat chaud, ce qu'elle fit servilement en ronronnant bêtement.

C'est alors qu'un bipède de sexe opposé, opaque et familier s'approche de moi, fier et joyeux de pouvoir compter parmi les gens à qui je dis bonjour, flatté jusqu'à la moëlle de pouvoir avancer sa joue molle vers moi chaque matin, honoré d'être partie intégrante de mon spam quotidien Facebook, et me tends son visage disgracieux pour laisser échoir les rites de politesse les plus classiques.

La demoiselle s'inquiète donc de mon humeur, je la renseigne en mode pilote automatique puisque dans ces moments de platitude humaine, je suis capable d'une neutralité qui rivalise très bien avec ladite machine à café. C'est alors que survient le drame :

Tu prends un chocolat chaud ? C'est trop fort pour toi le café ? J'rigole !

Et là, d'un coup, me voila rabattu de plein fouet dans la dure réalité. Comme si ces quelques mots courageusement rassemblés en une phrase aiguisée pour faire ployer mes fibres zygomatiqes avait plombé en plein vol les restes de mon sommeil adoucissant, comme si d'un coup le soleil de mes rêves encore tièdes disparaissait brutalement pour laisser apparaître les bas-fonds de l'intelligence humaine. Pendant que l'agresseuse rigole naisement de sa blague de haut niveau, je contrôle mes nerfs. Mes journées à l'IUT sont suffisemment médiocres pour que je n'ai besoin de ces lamentables interventions, et je sens bien qu'à ma place, Gandhi aurait frappé.

Alors certes, je ne suis pas exempt de défaut : je suis hyper-susceptible à un point qui ridiculise la première madeleine venue, les lacets de ma Veja droite sont mal attachés, et la plupart de mes omelettes sont des échecs cuisants (trop cuit d'ailleurs, ça crame en dessous, mais il reste du transparent d'oeuf sur le dessus, si quelqu'un a le secret, je paye comptant). Par contre, j'essaye de surveiller ma langue (que j'ai bien pendue, ça me donne presque des airs de Sadam Hussein), et j'élague au fur et à mesure l'arbre de mes pensées pour ne garder que l'essentiel et éviter d'user mes cordes vocales pour dire si basses sottises.

Alors, à tous ceux qui aiment à laisser couler le flot de leur élucubrations débiles, à toutes celles qui braillent toute la journée pour des affaires d'une futilité écœurante, je suggérais simplement de faire appel à leur conscience de citoyen et d'humain, pour sauver la planète et faire un geste pour le développement durable, économisez un peu d'air pur : fermez vos gueules.

Un athlète, un vrai. Crédit photos : Cousin aérien capturé en plein

Notes

[1] Si il y en qui sont intéressés pour me lapider après ce jeu de mots de très loin derrière les fagots, je suis dispo.