Chaque jour le soleil se lève, chaque jour je l'attends. Aucune poésie là dessous, ça veut juste dire que je n'arrive pas à me lever avant 9h en ce moment, performance plutôt médiocre quand les cours de l'IUT démarrent à 8h15. Même si mes réveils tardifs sont lamentablement excusés par la grève qui paralyse l'université depuis des mois, je m'inquiète quand à mes capacités à retrouver la motivation du lever court, rapide et efficace, du style le réveil à 7h15, à 7h30 j'ai déjeuné, pris une douche, fais mon lit, et éclaté la vieille qui a dormi dans la chambre à mon frère, si jamais une vieille venait à dormir dans la chambre de mon frère. Je vois déjà la scène : 7h25, les yeux encore bouffis de sommeil, l'exceptionnelle finesse de mon ouïe décèle un léger râlement dans cette pièce depuis peu désertée qu'est la chambre de mon consanguin. Entrebâillant délicatement sa non-massive porte en bois (parce qu'on nous gonfle toujours avec des portes en bois massives, genre gravée dans la roche du moyen-âge et qui pèse une demi-tonne après être allée aux toilettes, alors que ce n'est que rarement le cas, tout le monde n'habite pas dans un château du XVIème), je découvre donc une masse informe gondolant le lit dont l'habituelle platitude n'est pas sans rappeler mon impeccable surface ventrale. 7h26 : surpassant calmement la peur brûlante que procure la présence de l'OVNI (Oresr Vdsdfz Nazeoij Isdfse = objet dormant dans la chambre de mon frère, c'est du finlandais), mon regard aiguisé balaye le couloir pour trouver l'ustensile adéquat au débuscage de l'ennemi. Le doute n'est que de courte durée, puisque siège impitoyable au fond du couloir une planche de skateboard dont la fidélité et la capacité à détruire les tibias n'est plus à me prouver. D'un pas léger et sûr, je me saisis de cette admirable pièce d'ébénisterie et retourne sur le lieu du crime. Quelques pas encore et me voilà au pied du sommier, ou gît donc la bête créature ronflante, dissimulée par une couette de toute beauté, il faut l'avouer. 7h27 : Saisissant mon courage et ma planche à deux mains, je lève l'arme au dessus de ma tête, imperturbable et solennel, malgré le timide craquement qu'émet mon coude gauche lors de l'effort. Une seconde de plus, une longue seconde dans lequel s'étend le silence ahurissant des champs de guerre encore vierges de sang, et le coup tombe. Pas de sifflements dans l'air, pas de déchirure sonore, juste un craquement d'os qui n'est pas mien un peu plus bas, juste après le rebond sourd de mon épée improvisée. Toujours concentré dans l'exécution de mon plan supposé infaillible, je saute de toute la puissance allouée par mes jambes en direction du tas maintenant affaibli, le coude bien tendu vers le bas, pour que tout le poids de ma colère vienne mourir à l'extrémité saillante de mon humérus, contre l'infâme imposteur introduit dans les draps de ma famille. Cependant, lors de la collision attendue, je constate un manque de résistance squelettique chez l'autre qui me laisse perplexe, voir déçu. 7h28 : Consterné par le coefficient d'élasticité de l'ennemi pourtant féroce aux premiers abords, je soulève le drap afin d'élucider une bonne fois pour toute qui vient déranger mon confort de si bonne heure, et enfin pourquoi l'anatomie du mollusque fait-elle preuve d'une aussi grande faiblesse ? Mon horreur est telle quand je constate l'âge de la victime, que je file me laver les mains, une voire deux fois. 7h29 : J'éponge le sang, je balaye la poussière d'os, je change les draps et je jette la vieille. 7h30 : J'enfile mon sac, et me voilà parti pour une belle journée.

Du coup j'ai oublié ce que je voulais dire. Ahaha, on est pas bien payés, mais on rigole.